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Vers l'an 2000, pp.152-153 de Nouvelles Technologies et Arts de la Mémoire, je mentionnais en ces termes la nouvelle de Sylviane Corgiat et Bruno Lecigne La Vallée des ascenseurs (parue dans Univers 1983, J'ai Lu n°1491, Paris, 1983) :

« Assez curieusement, un synonyme français acceptable de cyberespace a été créé dès 1983, également dans une nouvelle de science-fiction : il s'agit du mot « computosphère », dans La Vallée des ascenseurs, de Sylviane Corgiat et Bruno Lecigne . L'action se passe à l'intérieur d'un super-ordinateur appelé Wotan. Ce Wotan est une machine unique, isolée : l'internet est à l'époque à peu près inconnu en France...
Le mot computosphère est depuis largement tombé dans l'oubli, mais la médiologie, qui connaît déjà la logosphère, la graphosphère et la vidéosphère, pourrait l'ajouter à sa panoplie.
 »

Depuis, je me suis aperçu que la nouvelle en question avait ensuite été développée en un roman, Le programme Troisième Guerre Mondiale, n°1506 de la collection « Anticipation » du Fleuve Noir, Paris, décembre 1986 :

«  La computosphère est un univers autonome. Non seulement il existe en dehors de Wotan lui-même, mais encore c'est un univers où nous pouvons fabriquer directement de la réalité, en la programmant. On peut injecter dans la computosphère des informations qui deviennent réelles... Ses propriétés font que la computosphère a absorbé la quasi-totalité des stocks d'informations, mais elle est beaucoup plus vaste encore. » (pp.58-61)

On trouvera un bref résumé commenté de ce roman en http://www.noosfere.com/Icarus/livres/niourf.asp?numlivre=7017 — une adresse qui me renforce dans l'idée que la « computosphère » pourrait bien avoir quelque rapport avec la « noosphère » de Teilhard de Chardin. Dans le même ordre d'idées, on remarquera que l'inventeur de la médiologie, Régis Debray, toujours aussi peu à l'aise avec les ordinateurs, devient avec les années de plus en plus nettement théologique.

On observera enfin que "Troisième guerre mondiale" se traduit en anglais par "World War Three", ou, en abrégé "WW3". Faut-il donc voir dans le titre de ce livre un clin d'oeil narquois et prémonitoire au Consortium W3, qui ne sera fondé qu'en 1994 ?